lundi 16 avril 2012

Ma confession et Étape 12 - Saint Gervais - La Salvetat sur Agout - 22,8 km - lundi le 16 avril


















Vous avez tout compris. Ça a été comme ça pendant 22,8 km! 10-12 cm, du vent et de la neige sans arrêt! Féérique, mais dégueulasse. Au Québec, jamais de ma sainte vie je n'ai marché une telle distance, ni même la moitié, par un temps pareil. Il fallait que je vienne dans le sud de la France à la mi-avril pour que ça arrive! C'est vraiment le monde à l'envers! Et apparemment, ce ne sera guère mieux demain.
Alors je me suis dit que si ça m'arrivait, ce devait être parce que j'avais beaucoup péché. Je ne voyais pas d'autre explication. Je me suis donc confessé aujourd'hui. Oui, j'ai demandé la confession à Saint Jacques.
- Saint Jacques, puis-je me confesser à vous?
- Mais bien sûr, mon fils. Allez y, je vous écoute.
- Saint Jacques, je voudrais m'accuser d'avoir blasphémé aujourd'hui, à plusieurs reprises. La journée m'a fait chier.
- Hum, c'est possiblement très grave, mon fils, ce que vous avez fait là, vous savez ça, n'est-ce-pas? Combien de fois avez vous blasphémé, mon fils?
- Ah, ça, je ne sais pas. Je n'ai pas vraiment compté.
- Oui, mais vous devez savoir à peu près, mon fils, non? Trois fois, dix fois, vingt fois? Combien de fois environ, mon fils?
- Environ deux cents fois, votre sainteté. Mais je vous assure qu'à chaque fois, j'ai vraiment essayé de sacrer juste. J'ai fait beaucoup d'efforts en ce sens. Vous aimez ce qui est juste, n'est-ce-pas, Saint Jacques?
- Oui, bien sûr, mais je voudrais juste mieux comprendre. Qu'est-ce que c'est cette affaire de sacrer juste, au juste? S'agit-il ici de justice ou de justesse? Allez, dites-moi, mon fils, ce dont il s'agit. Allez y, je vous écoute.
-Hé bien, vous vous souvenez des Cyniques, notre groupe humoriste québécois d'il y a longtemps? Eux qui expliquaient aux gens comment sacrer juste lors de leurs numéros?
- Non, je ne connais pas ces Cyniques. Ils ne sont pas passés par ici. Ils doivent croupir en enfer, pour avoir incité au blasphème de la sorte.
- Pourtant, je vous assure qu'ils étaient de bons gars. Peut-être attendent-ils tout simplement au purgatoire? Ils ont dû passer par la route du purgatoire, c'est tout. Peut-être même sont-ils toujours vivants, je ne sais pas.
- Au purgatoire? Mais qu'est-ce que c'est que ces conneries? Il n'y a qu'une seule façon, mon fils, d'entrer au paradis, une seule route, et elle passe juste ici, devant-moi!
- Votre sainteté, je suis bien obligé de constater que vous n'êtes pas tout à fait à jour. Il y a trop longtemps que vous avez quitté cette terre, de sorte que vous n'avez vraisemblablement pas entendu parler du purgatoire. Laissez-moi vous expliquer.
- Allez y, mon fils, je vous écoute.
- Il y a très longtemps, lorsque vous étiez encore des nôtres, il n'y avait que le ciel et l'enfer. Ou on allait au ciel, le paradis, ou on allait en enfer. Et le chemin du paradis était un chemin fort difficile. Quelques siècles plus tard, vos successeurs se sont mis à faire la différence entre deux sortes de péchés, le péché véniel qui affaiblit la grâce divine sans la supprimer, et le péché mortel, dont la matière est grave (ex. violence, adultère, vol important...) et commis en toute connaissance de cause. Cet acte coupe totalement celui qui le commet de la grâce divine, plaçant ainsi l'âme en état de mort (c'est-à-dire séparée de Dieu) jusqu'à son absolution. Alors vous voyez qu'il fallait presque mener une vie de saint sur terre pour entrer au paradis. Vous ne deviez pas voir passer grand monde devant vous à cette époque.
- En effet, mon fils, il y avait beaucoup d'appelés, mais peu d'élus, en ces temps anciens. Mais je constate qu'avec le temps et les siècles, il y a de plus en plus de monde qui passent par ici, et qui entrent au paradis. C'est un signe que les gens sont meilleurs sur terre, que notre grande Église se porte bien et qu'elle incite vraiment les gens à mener une bonne vie. Je ne peux que m'en réjouir.
- Ah, mais non, votre sainteté, ce n'est pour ça que vous voyez passer tant de monde devant vous de nos jours, c'est à cause du purgatoire!
- Encore ce fichu purgatoire! Expliquez-moi une fois pour toutes, je vous prie. Allez y, mon fils, je vous écoute.
- Oui, ce système de ciel ou enfer à duré environ mille ans. Les gens ont commencé à devenir de plus en plus angoissés par l'enfer et par toutes les descriptions et peintures atroces qu'on en a fait. Cette angoisse était terrible. Quelques petits péchés mortels et on était cuits. Alors les gens se sont dits: si c'est si difficile d'entrer au paradis, autant faire la fête ici bas pendant qu'il en est encore temps! Ce furent des temps de grande débauche, de grandes guerres, de mœurs très libertines, etc. L'Église s'en est évidemment inquiétée et a inventé le Purgatoire. Eh oui, pour calmer les angoisses, et offrir à monsieur et madame tout le monde le possibilité d'accéder au paradis eux aussi. On fait la belle vie sur terre, on paye l'église, et on s'achète des indulgences et une place au purgatoire. À la sortie du purgatoire, quelques années ou quelques décennies ou même quelques siècles plus tard, le chemin rejoint celui du paradis quelques kilomètres devant vous. C'est pour ça que vous ne pouvez pas voir la différence entre ceux qui viennent du purgatoire et les autres qui n'en ont pas eu besoin! Brillant, comme solution, non?
- Merde alors. Si ce que vous me dites est vrai, il est grand temps que je retourne faire un petit tour sur terre pour remettre les choses en ordre dans l'Église. Je vais y réfléchir sérieusement. Mais revenons à nos moutons, mon fils, si vous voulez bien. Car il s'agit de voir si vos nombreux blasphèmes de la journée méritent un grand châtiment ou pas, n'est-ce-pas? Alors dites-moi ce que c'est que de sacrer juste, d'accord? Allez y, mon fils, je vous écoute.
- Je vais vous expliquer. Vous aller voir, c'est très simple. Quand un québécois visite l'Europe et qu'il arrive devant les majestueuses Alpes, il ne dira jamais " C'est une tabarnak de belle montagne, ça, hein?" Mais non, il va dire "C'est une calvaire de belle montagne!" Vous voyez la nuance, votre sainteté?
- Oui, je vois, je vois. C'est pas trop mal, j'avoue. Mais il y a beaucoup d'autres blasphèmes possibles. Qu'en est-il au juste? Allez y, mon fils, je vous écoute.
- Quand notre québécois visite les jardins de Versailles et qu'il voit cette magnifique fontaine en leur centre, il ne dira jamais "C'est une crisse de belle fontaine, ça, hein?" Mais non, il va dire "C'est une câlisse de belle fontaine!" Et puis en soirée, au resto, devant ce superbe Bordeaux grand cru classé, il ne dira jamais "C'est un ostie de bon vin, ça, hein?" Mais non, il va dire "C'est un ciboire de bon vin!". Vous voyez, votre sainteté, c'est pas si mal quand on sacre juste.
- Hum. J'admet que c'est un peu moins grave, mais dites-moi, mon fils, de tous ces deux cents blasphèmes que vous avez prononcés aujourd'hui, combien étaient justes?
- Très peu, je dois admettre. Je ne vous au pas dit que j'avais sacré juste tout la journée, seulement que je m'y étais efforcé. Malheureusement, sans grand succès.
- Ah non, j'en ai assez entendu. Pour ma part, arrangez-vous avec le gars du purgatoire, et en ce qui me concerne plus directement, allez vous faire foutre! Et ne vous avisez pas d'essayer de passer par ici, je vous reconnaîtrai!
Paf!!! Et voilà, après une journée de merde dans une tempête de neige dans le sud de la France, je me fais barrer les portes du paradis, alors je peux certainement affirmer, comme le dirait notre chère Lisa Leblanc, qu' "aujourd'hui, ma vie, c'est d'la marde".
Salut, à demain.
Denis
Envoyé à partir de mon iPad.

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