Nous sommes restés un bonne heure au sommet, au dernier petit resto français, doté d'un vrai foyer, question de nous réchauffer un peu, sécher nos vêtements tous mouillés, mais pas par la pluie cette fois, mais bien par notre sueur de cette montée.
Et que dire de la descente vers Canfranc Estacion? Un pur délice. Encore une fois, comme ça s'était produit lors de mon entrée en Espagne en 2010 via le col vers Roncevaux, le chemin du côté espagnol est très nettement mieux entretenu et plus sécuritaire. On voir en fait que ce Chemin de Compostelle, c'est beaucoup plus une affaire espagnole qu'une affaire française.
Et j'ajouterais, un peu à la blague et en espérant que mes amis français qui connaissent mon petit côté ironique me pardonneront, que les français se sont fait un peu beaucoup fourrer quand ils ont négocié cette frontière le long des Pyrénnées. Désolé, mais elles sont nettement plus belles et impressionnantes du côté espagnol. Ce n'est pas la première fois qu'ils se font avoir de la sorte en fait. On n'a qu'à se rappeler les conclusions de la guerre de sept ans, et du traité de Paris qui en est découlé, en 1763, par lequel la France, qui avait perdu cette guerre, avait mal négocié ses affaires et avait dû céder la Nouvelle France, pour pouvoir conserver la Gaudeloupe et la Martinique. Quelle erreur historique! Et encore un autre erreur historique, aujourd'hui même, en élisant Hollande. J'ai pas hâte de voir la réaction des marchés financiers demain matin! Sacrés français, va, on vous aime bien quand même!
On a eu tout un plaisir, Peter et moi, ce soir avec notre charmant couple propriétaire de l'albergue où on est installés pour cette première étape espagnole. L'albergue s'appelle Pepito Grillo. Je croyais que Pepito était le nom du proprio, mais non, ça date d'avant leur prise de possession il y a une quinzaine d'années. Pepito est simplement ce fameux personnage, style maître de cérémonie, avec Pinnocchio. Voici d'ailleurs leur carte d'affaires. Vous le reconnaîtrez sans doute.
Mais une chose sur cette carte à attiré mon attention, l'adresse. C'est la rue Fernando El Catolico. Je lui ai demandé ce que c'était au juste, avec une petite remarque au sujet du côté très pratiquant des espagnols. C'est Ferdinand d'Aragon, en 1400 , me dit-il, parce qu'ici, on est dans la région de l'Aragon. Alors là, un instant. Si c'est Ferdinand d'Aragon, lui dis-je, ce n'est pas du tout 1400. Je lui ai expliqué que c'est en 1483 ( j'ai aucune idée si c'est exact en fait, mais j'avais l'air tellement convaincu qu'à partir de ce moment, il ne pouvait rien faire d'autre que de m'écouter religieusement - mais la suite est exacte), en 1483, donc, qu'Isabelle de Castille, reine héritière du royaume de Castille, alors le royaume le plus puissant des Espagnes, a épousé Ferdinand d'Aragon dans une alliance essentiellement politique, pour consolider les deux royaumes traditionnellement opposés, question d'en faire une super puissance dans la région. Il en est resulté l'assaut des Rois Catholiques sur ce qu'il restait des Maures installés dans le royaume de Grenade, au sud du pays. Pour en finir avec eux une fois pour toutes, Isabelle et Ferdinand ont levé une super armée, regroupant plusieurs royaumes, et même des armées françaises, pour finalement battre les Maures, et les sortir de Grenade, en 1492. Et c'est le 6 janvier 1492, fête des Rois, qu'Isabelle et Ferdinand entrèrent dans l'Alhambra de Grenade avec leurs gros sabots de rois conquérants (Isabelle en premier, car c'était elle, le vrai patron!), et ont foutu les Maures dehors après plus 750 ans d'occupation de leur part. Le dernier roi Nasride, ou Maure, en a pleuré tellement qu'une phrase célèbre de sa mère est passée à l'histoire: "Ne pleures pas comme une femme ce que tu n'a su défendre comme un homme, mon fils!" Quelle claque, venant de ta maman, non? Et c'est aussi en 1492, en avril, que Chsitophe Colomb est venu quêter les sous pour faire son voyage de découverte vers le nouveau monde, dans une salle de l'Alhambra que j'ai eu la chance de visiter en novembre dernier. Isabelle et Ferdinand se sentaient tellement puissants, eux qui avaient finalement vaincu les musulmans après plus de sept siècles d'occupation honteuse, qu'ils ont accepté de financer notre ami Colomb, qui fait évidemment tellement partie de notre histoire québécoise. Et c'est aussi pour ça que probablement que les seuls deux monarques espagnols connus des québécois sont Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon. Et puis 1492 marque officiellement la fin du Moyen-Âge, aux yeux de la plupart des historiens.
Envoyé à partir de mon iPad.
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